Histoire des Echecs

Les échecs représentent sur toute notre planète, de nos jours, l'inventivité et l'intelligence humaine.

Echecs

Le créateur du jeu d'échecs serait un brahmane nommé Sessa, qui vivait au Ve siècle de notre ère. Le jeu hindou, le chaturanga, comportait un lancer de dés et faisait s'affronter deux équipes de deux personnes. Chaque camp ne disposait que de quatre pièces et de quatre pions. Les pièces, hiérarchisées, étaient disposées aux quatre coins du damier. Elles représentaient le roi, l'éléphant, le cheval et le navire. A cette époque, la conduite du jeu dépendait beaucoup plus du hasard que de la réflexion. La victoire ne tient pas à la mort du roi, mais au nombre de points obtenus par les joueurs.

Adopté par les Perses, l'ancêtre du jeu d'échecs va évoluer. Le tirage au sort est supprimé ; la structure du jeu comporte des éléments toujours présents dans celle que nous connaissons de nos jours : roi, vizir, deux chevaux, huit pions, et d'autres qui subsistent aujourd'hui sous une forme différente : deux éléphants, devenus des fous, et deux chars devenus des tours. Après sa mutation, le jeu va continuer de s'implanter dans d'autres régions du monde. C'est ainsi que l'auteur arabe Massoudi parle des échecs en 950. Par les Arabes, ce jeu est passé en Espagne, comme l'atteste le Livre des Jeux d'Alphonse X le Sage. De son côté, on sait que Charlemagne possédait un échiquier. Au Moyen Age, on appelait Ludus calcularum d'après le nom d'un jeu romain dont on pensait qu'il s'agissait du jeu d'échecs. Celui-ci aurait eu pour origine un jeu inventé par le héros de la guerre de Troie, Palamède. C'est en jouant aux échecs que Tristan et Iseut sont tombés amoureux et c'est en prétextant une partie d'échecs que Lancelot rendit visite à Genièvre. Présent dans La Chanson de Roland, ce jeu y porte déjà son nom actuel.

Les échecs conservent de multiples traces de leurs avatars linguistiques. A commencer par leur nom, issu du perse shah-mat, signifiant le shah est perdu. Au Vizir initial s'est substitué une pièce nommée ferzia ou fierge. Lequel a été perçu par les francophones comme vierge, ce qui a donné Vierge Marie = Dame.

L'éléphant, afil en indien, est devenu Fou et le soldat d'infanterie (devenu péon en espagnol) est devenu Pion.

C'est seulement au XVIIe siècle que les échecs ont vu leurs règles définitivement codifiées, avec marche rectiligne de la Reine «tous azimuts» et marche diagonale du Fou. C'est ce jeu-là qu'ont pratiqué avec passion Rousseau, Voltaire, Leibnitz, Napoléon, Lénine. Puis, plus près de nous, Max Ernst et Man Ray. Enfin, de nos jours le fin connaisseur et commentateur de tous les grands tournois, Fernando Arrabal.

En 1475, est publié à Bruges, par William Caxton, The Game and Play of the Chesse et en 1477, à Londres The Dictes And Sayinges of the Philosophers. Le premier auteur marquant qui ait traité des échecs modernes est l'Espagnol Ruy Lopez de Segura, en 1561.

Depuis le XIIIe siècle, plus de vingt mille livres ont été consacrés aux échecs. Une grande partie de ceux-ci se retrouvent dans la collection constituée, aux USA, à la Cleveland Public Library par John G. White. Parmi tous ces ouvrages, la référence des amateurs d'échecs reste le livre du grand maître anglais de l'étude des échecs, H.J.R. Murray, History of Chess. C'est au XVIIIe siècle qu'ont commencé les tournois internationaux, les grands maîtres faisant le tour du monde pour participer à des tournois. A Paris, le Café Procope, rendez-vous littéraire renommé, est également un lieu où s'affrontent aux échecs Rousseau, Voltaire et le plus prestigieux des grands maîtres, André Philidor. Ce dernier est par ailleurs un compositeur apprécié. Aux échecs, il s'offre le luxe de jouer les yeux bandés ! Cette prouesse est dépassée, en 1890 par l'Américain H.N. Pillsbury. Doué d'une mémoire prodigieuse, ce joueur parvient à mener les yeux bandés, vingt-deux parties simultanées.

Au début du XXe siècle, le joueur le plus renommé a été le prodige cubain José Raùl Capablanca. Il a conservé le titre de champion mondial de 1921 à 1947, ne perdant que 35 parties sur les 700 tournois auxquels il a participé.

L'engouement pour les échecs s'est considérablement accru ces dernières années avec son accès aux grands médias. Ce jeu exerce aujourd'hui une véritable fascination sur le public. Sans doute parce qu'il exige de ses adeptes des qualités exceptionnelles. Après s'être concentré sur l'échiquier, un champion doit, bien entendu faire l'analyse de la situation des pièces, sous ses yeux. Il doit, surtout, se faire une représentation abstraite de se que donneraient tel ou tel coup qu'il envisage.

L'audace de la stratégie élaborée est l'élément essentiel. Cependant, son adaptation fulgurante pour contrer celle de l'adversaire est décisive. Le jugement exprimé en 1779 par Benjamin Franklin reste valable de nos jours : Le jeu d'échecs peut apprendre «le sens de la prévision... la circonspection, parce qu'il faut observer le jeu du partenaire... l'attention, pour ne pas agir précipitamment... et enfin, l'habitude de savoir attendre les changements favorables et de persévérer dans la recherche des solutions». En 1972, à Reykjavik, apparaît dans le firmament échiquéen un astre nommé Bobby Fisher. Ce nom est resté dans la mémoire collective, au-delà du cercle des initiés. D'autres étoiles brillent, aujourd'hui, d'un éclat encore plus médiatique. C'est le cas du duel opposant en février 1996, à Philadelphie USA. le champion du monde Garry Kasparov, à l'ordinateur Deep Blue. Autrement dit, l'intelligence humaine à l'intelligence artificielle de la machine. Pour mesurer la performance du champion russe, il faut se souvenir que le programme IBM incluait les données, conservées dans les archives, des principaux tournois qui se sont déroulés à travers le monde. Ce qui signifie qu'il partait gagnant. Il disposait, littéralement, de la mémoire des stratégies et les tactiques les plus fines inventées précédemment par les humains. Ainsi que de la faculté d'opposer au maître-homme un «digest» imprévisible des dites stratégies et tactiques. La victoire de Kasparov sur le monstre cybernétique «Bleu profond» est donc celle de l'humain sur l'intelligence artificielle. Elle prouve que la réflexion, le pragmatisme, l'intuition ne sont pas encore sous le joug de «Big Brother». Il reste que de pareils tournois, avec la planète pour auditoire, doivent générer une multitude de vocations. En effet, «les échecs, comme la musique et comme l'amour, a dit l'un des meilleurs pédagogues échiquéen de tous les temps, l'Allemand Siegbert Tarrasch, ont le pouvoir de rendre les hommes heureux».